L’utilisation du capteur de puissance en cyclisme

capteur de puissance
Depuis quelques années on voit apparaître sur le marché du cycle un matériel de plus en plus pointu : cadres carbones, roues profilées, accessoires extra-light, … bon nombre de cyclistes donnent la priorité à leur look et peu sont ceux qui s’intéressent de près à l’entraînement et aux outils qui permettent d’optimiser la qualité de leur préparation. Un grand pas en avant a été effectué avec l’utilisation du cardiofréquencemètre, néanmoins il existe un outil de mesure de l’effort bien plus précis et efficace, encore peu connu par la majorité des coureurs cyclistes : le capteur de puissance.

Le cardio-fréquencemètre… un battement de retard !

L’inconvénient majeur avec l’utilisation de la fréquence cardiaque comme indicateur de l’intensité de l’effort reste sa fiabilité. Effectivement, la fréquence cardiaque (FC) a tendance à fluctuer en fonction de différents paramètres. La chaleur, l’altitude ou la déshydratation vont créer une augmentation du débit cardiaque tandis que le froid et la fatigue sont les causes d’une baisse de la fréquence cardiaque. A partir de là il est difficile de suivre un programme d’entraînement dans lequel les séances proposées sont basées sur des zones d’intensités précises, puisque les battements cardiaques d’un même individu peuvent varier d’un jour à l’autre. D’autre part, les données du cardio-fréquencemètre ne sont pas significatives lors d’efforts violents (sprint, courte accélération). En effet, la fréquence cardiaque indiquée à la suite d’un départ arrêté sur 10 secondes ne dépassera jamais la FC à PMA alors que l’intensité de l’effort est près de 2,5 fois supérieure. De plus, lors de changements de rythme, la FC met également un certain temps avant de refléter réellement la valeur de l’effort, il y a toujours quelques minutes de latence. Au contraire, le capteur de puissance va donner une valeur directe de l’intensité. Le cycliste arrête de pédaler, la puissance est nulle, il accélère brutalement et les valeurs remontent immédiatement. La puissance exprimée a également l’avantage de ne pas varier en fonction de paramètres extérieurs, les données instantanées ne seront jamais altérées par un changement de température, la fatigue ou le stress pré-compétitif.

courbe puissance sprint

Ce graphique présente 5 sprints départs arrêtés d’une durée de 15 secondes chacun. On peut ici clairement distinguer un décalage entre l’instant où est produit l’effort, indiqué par la courbe de puissance (jaune), et l’élévation de la fréquence cardiaque, près de 15 secondes plus tard ! Il faut ensuite un certain temps pour que la fréquence cardiaque diminue, alors qu’en ce qui concerne la puissance, le coureur est déjà dans une zone d’endurance et roule à allure constante. La puissance a l’avantage de donner une indication directe de l’intensité.

 

Le capteur de puissance et son utilisation

L’utilisation du capteur de puissance est un réel avantage pour le compétiteur et son entraîneur. Il va permettre une meilleure qualité de l’entraînement, une gestion et une analyse de course plus poussée ainsi qu’une optimisation des facteurs technico-tactiques liés à la performance.

Premièrement, l’athlète va avoir la possibilité de s’auto-évaluer grâce à des tests de terrain effectués sur home-trainer ou bien directement sur ses routes d’entraînement. Toute une batterie de tests est réalisable à l’aide du capteur de puissance : vélocité, force-vitesse, wingate, PMA, … Effectués en début de préparation puis régulièrement ils vont permettre de détecter les qualités et les points faibles du coureur, puis de suivre par la suite sa progression. La qualité des séances effectuées est ainsi directement vérifiée et le programme d’entraînement peut être fréquemment réajusté en fonction de l’objectif visé. Certains tests vont également permettre à l’athlète de déterminer ses zones d’intensité afin de pouvoir ensuite suivre des séances d’entraînement spécifiques avec davantage de précision. Les exercices en fractionné, qui nécessitent d’évoluer à une intensité précise (seuil anaérobie, pourcentage de la PMA, …), auront ainsi beaucoup plus d’intérêt puisque le suivi de l’intensité sera immédiat et donc rapidement ajustable.

Utilisé en compétition, le capteur de puissance s’avère également très utile. D’un coté il va donner la possibilité au coureur de mieux gérer ses efforts lors d’attaques, d’échappées ou simplement de positionnement dans le peloton. Son utilisation s’avère en outre très efficace lors d’épreuves de type contre-la-montre, exercice où la performance se joue à la seconde près et pendant lequel la gestion de l’effort doit être extrêmement précise. D’autre part, lors de l’analyse post-compétitive, l’utilisation de cet appareil de mesure va permettre de repérer plus facilement les erreurs commises. Grâce au transfert de données sur ordinateur, le recoupement entre les valeurs de puissance, de fréquence cardiaque, de vitesse et de cadence de pédalage va pouvoir être analysée dans le moindre détail. En outre, si l’on fait le rapprochement avec les sensations du coureur, il devient alors plus aisé de comprendre la défaillance ou la réussite de celui-ci.

Enfin, les aspects technique et tactique peuvent être l’objet d’un travail intéressant à l’aide du capteur de puissance. En ce qui concerne l’aérodynamisme par exemple, des tests de terrains effectués dans de bonnes conditions peuvent donner au coureur la possibilité d’optimiser sa position sur le vélo. Et à puissance égale, il n’est pas rare d’observer un gain de vitesse de plusieurs kilomètres par heure, ce qui est loin d’être négligeable lors d’une échappée ou d’un contre-la-montre notamment. L’analyse de la puissance développée en fonction du placement du cycliste dans le peloton peut également être intéressante et amener l’athlète à réfléchir davantage quant aux économies d’énergies qu’il est susceptible d’obtenir uniquement en améliorant son positionnement.

entrainement au seuil

Cette courbe représente une séance d’entraînement comprenant 4 répétitions de 8’ au seuil anaérobie. La puissance est représentée en jaune, la fréquence cardiaque en rouge.

Caractéristiques du coureur : Puissance au seuil : 280 watts – FC au seuil : 180 p/mn.

On peut remarquer que la fréquence cardiaque dérive (elle passe de 170 p/mn, lors des premières minutes d’exercice, à 180 p/mn au bout des 8 minutes d’effort au seuil) tandis que la puissance reste stabilisée autour de 280 watts durant tout l’exercice. Si le coureur avait dû réguler l’intensité de son effort uniquement à l’aide de sa fréquence cardiaque il serait parti trop vite pour rapidement atteindre 180 p/mn, l’intensité adoptée étant en fait supérieure il aurait sans doute ensuite faibli, du fait de s’être mis dans le rouge dès le départ.

 

Les capteurs de puissance au banc d’essais

Le premier capteur de puissance voit le jour en 1986 en Allemagne, il s’agit du SRM. Cet appareil de mesure, créé par l’ingénieur Ulrich Schoberer, est progressivement intégré dans les grandes équipes professionnelles qui comprennent vite l’utilité d’un tel appareil pour la préparation de leurs coureurs. Unique sur le marché pendant de nombreuses années, le SRM voit la concurrence s’accroître depuis quelques temps avec l’apparition de plusieurs capteurs de puissance : Powertap, Ergomo, Polar, Ibike… La fiabilité et la précision de ces appareils est néanmoins extrêmement variable, actuellement seul le SRM et le Powertap ont été validé par les spécialistes.

Le SRM Training System

Pédalier qui permet de déterminer la puissance développée par l’intermédiaire de jauges de contraintes qui mesurent la déformation des plateaux et manivelles.

srm

3 modèles disponibles :

  • SRM Training System Amateur : Précision +/- 5% – Prix : 2 149 €.
  • SRM Training System Professionnel : Précision +/- 2% – Prix : 2 873 €.
  • SRM Training System Scientifique : Précision +/- 0,5% – Prix : 5 747 €.

Plus d’informations et tarifs : www.matsportraining.com

Le Powertap

Moyeu arrière muni de 8 jauges de contraintes qui permettent de déterminer le couple de forces s’appliquant sur la roue, et par conséquent la puissance développée.

powertap

3 modèles disponibles :

  • Powertap SL 2.4 (sans fil) : Précision +/- 1% – Poids nu: 412 g – Prix : 1 499 €.
  • Powertap SL carbone techno : Précision +/- 1% – Poids nu : 412 g – Prix : 1 299 €.
  • Powertap carbone techno : Précision +/- 1% – Poids nu : 640 g – Prix : 899 €.

Possibilité de monter le moyeu sur une roue DT Swiss pour 163 euros de plus.

Plus d’informations et tarifs : www.powertapshop.fr

 

Conclusion

De part ses nombreux avantages, l’utilisation d’un capteur de puissance est actuellement la meilleure solution pour les cyclistes qui souhaitent optimiser la qualité de leur préparation. Associée aux valeurs de fréquence cardiaque et surtout aux sensations de chacun, il va permettre d’optimiser la qualité de l’entraînement et ainsi donner les moyens à l’athlète de préparer au mieux ses objectifs. Question tarif, si le prix d’un capteur de puissance semble encore un peu élevé, il reste comparable à celui d’une bonne paire de roues… à vous de choisir !

 

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A propos de Thibault

Entraineur professionnel spécialisé en cyclisme, je propose mes services aux cyclistes qui souhaitent progresser grâce à une planification et à un suivi personnalisés de leur entraînement. Plus d'informations sur mon site : www.entrainement-cyclisme.com.

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